• Indépendante de la peur régissant une société est l'angoisse régissant un individu, ou plutôt est-ce l'exact contraire… les deux courbes pourraient bien être inversement proportionnelles. L'angoisse de l'individu fléchit quand la peur collective croît, puisque l'angoisse l'est d'autant plus qu'elle n'a pas de mobile tangible ; dès lors qu'un mobile est identifié, elle n'a plus d'objet, elle n'est plus irriguée ou elle se nourrit ailleurs, à d'autres sources troubles.



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  • Probablement il n'y a pas de maladie mentale, rien autre chose qu'une souffrance supérieure en intensité et en durée ; on pourrait dire une souffrance, seulement, car on n'a pas l'impression que beaucoup soient dans cet état, ou rien ne le trahit.
    Au moins si on souffre on ne songe pas à se reproduire, pour ne pas reproduire la souffrance, à un degré inconnu.
    ou c'est masochisme
    ou c'est inconscience
    inconscience égale non-souffrance, donc
    C'est une « réflexion » — rabâchage ou remâchage serait plus juste — cyclique, on en revient toujours au même point. Le souci est que j'ai l'impression d'être la seule à suivre cette réflexion, quand elle me semble évidente ; les évidences ne semblent pas universellement partagées.


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  • La peur permet que chacun se censure sans qu'il soit besoin de faire appel à une instance répressive extérieure. La répression devient ainsi superflue, n'a plus lieu d'être. Quand chacun l'exerce sur soi, spontanément et en prophylaxie, la paix sociale est assurée. L'oppression n'en est que plus palpable et étouffante mais toujours sous forme latente, vague, indéfinie, presque mythique, on en doute… Le but d'une société n'est certes pas le confort de ses membres ! (Quel est-il d'ailleurs, et y a-t-elle seulement songé…) Le confort de quelques-uns suffit, car, contre toute attente, certains se satisfont d'une telle configuration. Ils sont ainsi assurés d'être entre eux, sans éléments différents donc potentiellement perturbateurs.

    Plus une masse humaine est nombreuse, plus, pour prévenir tout trouble, tout soulèvement, toute velléité de révolte, l'instauration de la peur est indispensable. C'est un nouveau mode de gouvernement, du moins à une telle échelle, car on a déjà connu d'autres formes de terreur. Elles ont en commun de laisser leurs ouailles, dans leur grande majorité, dans l'inconscience de leur état d'assujettissement.

    Peur de la répression sous toutes ses formes, peur de l'inquisition, des mots, de l'enfermement, de la souffrance, de la dépendance, de ses réactions, de ses pensées, de ses paroles, de soi, peur indéfinie de l'autre indéfini. Mais toujours et avant tout la peur de soi. Voilà où nous en sommes et les espaces censément de libre expression que sont les blocs n'ont pas besoin de superviseurs et autres modérateurs, puisque chacun, de soi-même, s'attelle à la tâche d'autocensure.

    C'est formidable la démocratie, la voix de quelques-uns relayée par tous les autres, qui l'épousent d'une seule même voix… Ce gigantesque hymen était inespéré, on ne l'aurait pas même rêvé dans un cadre utopique. Cette inaltérable communion de pensées, de vues, d'objectifs, de fins et de moyens. Comme c'est beau ! et beau comme…

    Pour conclure, je dirai que quand la peur régit une société cette société devient une société régie par la peur… Et ceux qui seraient tentés de mettre un terme à cet état de fait deviendraient dRécréation'odieux régi-cides et de dangereux éléments qu'il conviendrait d'écarter de la cité au plus vite, en prophylaxie toujours, et pour le mieux de tous ses membres. Mais ne nous inquiétons pas, les vigies veillent et de tels tristes individus seraient neutralisés avant que d'esquisser le moindre geste malheureux. Ainsi, allons en paix, continuons dans cette voie et que le diable nous garde.

     


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  • Ce serait une erreur de croire que je n'aime pas la psychiatrie, au contraire ! je l'affectionne tout particulièrement, car, en l'absence d'un très officiel Bureau du suicide, il n'existe pas d'autre organe qui aide à mourir dans ce vieux pays, compassé dans son haut faux col empesé. Si je dois néanmoins lui adresser un petit grief — car rares sont les amours exclusives —, ce serait celui de prétendre aider les gens à vivre. Allons ! qui croira cela ? Nous savons depuis un incalculable nombre de lunes que c'est chose impossible, puisque, si Dieu ne peut aider l'homme, certainement ce ne sera pas l'homme qui pourra aider l'homme, mais cette déclaration d'intention est tellement touchante…

    La psychiatrie n'a aucune raison d'avoir honte, elle s'est fixé un noble dessein (certes, ses méthodes sont parfois contestables) et elle est largement plébiscitée pour le sérieux et l'efficacité de ses services et des incontestables — eux — résultats qu'elle obtient. Je lui tire mon chapeau ! Elle porte haut les couleurs de l'artisanat d'art, fabriquant de la mort avec tant d'abnégation et au rythme de l'usinage mais avec le savoir-faire de l'artisan.

    Dieu sait qu'on a besoin d'entreprises salubres et reconnues d'utilité publique comme la psychiatrie. C'est donc tout naturellement que j'y ai eu recours, ou, plutôt, qu'on y a eu recours pour moi ; seulement, pour mon malheur, la famille s'est interposée, empêchant l'entreprise d'aide de parvenir à son terme. Partout et toujours, on ne le répétera jamais trop, la famille est un incorrigible boulet.

     


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  • Ma différence d'avec la norme c'est que je n'ai de cesse de m'interroger sur elle, quand la norme n'a pas ce type d'interrogation, elle est la norme. Et cela ne souffre aucune contradiction, si l'on est, il n'y a plus de question. S'interroger c'est déjà montrer une faille, laisser le doute s'insinuer, jusqu'à prendre toute la place. Alors il n'y a plus qu'une certitude en creux.

    La norme ne s'interroge pas, elle est, même inconsciente d'elle-même ; si elle était conscience elle s'interrogerait et ce serait là le signe de son appartenance à l'humanité, mais en l'absence de ce signe il faut bien conclure qu'elle n'est pas humanité. Des néants, pour nombreux et agglomérés qu'ils soient, n'en restent pas moins des néants.

    Je suis Celle qui est, dit la norme. Il faudrait être bien intrépide pour prétendre lui répliquer. Elle est l'alpha et l'oméga, la première et la dernière, le commencement et la fin ; immuable, granitique, inaccessible, pour qui n'en est pas…


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