• Charge contre les comédiens — partie première

    Le thème porte à la stimulation nerveuse, j'essaierai de ne pas me laisser emporter de ce côté, qui m'ôterait toute objectivité et toute disposition pacifiste. Cela va être un exercice exigeant.

    Alors je ne suis pas critique de théâtre, heureusement, car je ne vois pas quelles pièces trouveraient grâce. Je n'irai plus jamais ! Non, mais pourquoi n'y a-t-il pas une réglementation, dans un pays qui en compte plus de 550 000 ? Une réglementation afin que le nombre de comédiens autodéclarés cessât d'enfler indéfiniment. N'importe qui ne peut pas ouvrir un cabinet de coiffure, mais n'importe qui absolument peut se décerner le statut de comédien. C'est un inqualifiable scandale, qui dépasse mon entendement, et mes mots. Je voudrais reproduire mon degré d'exaspération mais les mots seront toujours, comme toujours, en deça de la charge qu'on leur veut faire porter, inutiles. Dont acte ?!

    Je Récréationme demande pourquoi nous avons le langage, de quel intérêt cela nous est, puisqu'on ne peut jamais lui rien faire exprimer. Un paradoxe de plus, un handicap de plus, qui n'aboutit qu'à toujours plus de frustration, à nous rendre congestionnés de frustration. Mais ce n'est pas l'objet, non ; le langage devrait servir à dire l'absurde, et le théâtre pourrait en être un réceptacle formidable, pourrait, s'il était servi par des âmes à la hauteur de leur tâche mais, en prenant pour comédiens tel et tel péquenaud, le résultat ne peut qu'être à la hauteur des péquenauds, regardé par des péquenauds de même envergure et apprécié par les mêmes, car autant se conforter quand on est entre pairs. Toujours la même complaisance dans le néant satisfait de soi-même ou le soi-même satisfait dans son néant.

    C'est Récréationfâcheux, quelle idée, je m'étais promis pourtant de diriger désormais mes talons en arrière et non en avant… Chaque fois, immanquablement, c'est l'exaspération, je ne peux pas dire plus, je vais néanmoins essayer de détailler, de préciser, d'apporter quelques éléments objectifs au-delà de la passion, plus que légitime, qui m'anime en une période qui était jusque-là si calme, si aimablement calme et sereine, si rarement ainsi. Il fallait que je trouble ce charme auquel j'étais presque sur le point de m'abandonner et que je me mette à nouveau en danger mental d'implosion. Satané théâtre qui n'en a que le nom mais ni l'art ni la manière. Un théâtre du néant qui se revendiquerait comme tel aurait au moins ce mérite.

    RécréationIl fut un temps, pas si lointain, où les comédiens qui ne méritaient pas ce nom se voyaient prestement rabroués, hués, vilipendés, autrement dit on les faisait taire et les empêchait de nuire davantage. Quelques solanacées (ou figues… ?) adroitement lancées y aidaient probablement, c'était bien la moindre des choses, mais aujourd'hui qu'elles ne peuvent plus être utiles qu'à ça on applaudit servilement, soviétiquement, minablement devant toute prestation, aussi étriquée fût-elle, c'est ôter même tout son sens à cette manifestation chirurgicale — quelque détestable relent populaire revêtît-elle.

    L'élémentaire pudeur voudrait que l'on portât au moins un masque, en permanence. Tous les théâtres de toutes les époques l'ont compris. Sauf le nôtre. En cela, notamment, les hébéphréno-catatoniques sont infiniment pudiques, prenant soin toujours de se composer un visage, et celui d'un autre.
     

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