• Chroniques autour de la normalité — chap. I

    Il faut être assez extérieur à soi-même pour se penser extérieur à soi-même. Si l'on n'est plus en soi-même, cela signifie-t-il qu'on n'est plus soi-même ? Non, on subit pareillement les maux qui échoient à soi-même. Mais, ou l'on est soi-même ou l'on n'est pas/plus soi-même ! Les deux semblent d'abord inconciliables, pourtant force est d'admettre que l'on peut s'extérioriser assez, que je le fais même tout naturellement, presque inconsciemment, en permanence et que l'on reste en soi-même puisque l'on en subit toutes les avaries… de son piètre état.

    C'est plus qu'inquiétant pour la suite, on peut donc être parfaitement extérieur à soi-même, la chair tout à fait pourrie et corrompue puis finalement les atomes éparpillés cà et là et pourtant toujours en soi-même et souffrant ! C'est ce qui serait au fond le plus juste car je ne vois pas en quoi aucun d'entre nous a mérité un meilleur sort. Nous sommes putrides dès le départ, par essence ; on ne peut perdre une essence, il est normal qu'elle reste quand tout le reste s'évanouit — et même si cette perspective n'est pas outre mesure réjouissante. Je dis que notre place à tous est de finir en Enfer, et que même l'enfer d'ici est insuffisant pour héberger des âmes aussi blâmables.

    La question bien sûr est que si on est mauvais dès le départ il n'en va pas de notre faute, j'estime qu'il est trop facile de s'en tirer comme ça. Évidemment on choisit toujours la facilité, c'est pourtant le chemin de ronces qu'il faudrait privilgégier chaque fois, et on n'en serait que bonnifié — insuffisamment !

    C'est une bien amère découverte quand on s'avise dans les années dites d'insouciance, mais qui sont tout le contraire, que les autres, que l'on croyait meilleurs que soi-même, sont probablement encore pis. L'inconscience est considérée comme une qualité — indéniablement c'en est une, indispensable, pour se maintenir dans ce cloaque —, mais c'est une monstruosité au-delà de toute possible définition, véritablemement ça dépasse tout ce que le langage humain est capable d'exprimer (tout le dépasse, du reste !), de sorte que je suis forcée d'interrompre cette phrase.

    C'est toujours merveilleux d'apprendre l'existence de mots que l'on ne soupçonnait pas et qui, en mettant un nécessaire terme à toute recherche de sens, nous obligent à suspendre notre questionnement terrestre. Ils devraient apporter soulagement et sérénité, en nous mettant devant le fait de notre incontournable ignorance, et pourtant… rien, nous n'en tirons aucun mieux-être, ni apaisement ni assoupissement, ils ne procurent qu'une ivresse passagère, tellement éphémère, qu'on voudrait prolonger, mais non l'on se retrouve devant les mêmes apories, avec la même impuissance et la même détresse. Il n'existe rien pour nous apaiser ici-bas, ce serait trop facile, et nous n'avons rien à gagner dans la voie de la facilité !

    En me mettant ainsi en scène, je m'objective, je me réduis au néant de ce que j'écris, c'était un risque (plus qu'un risque) à prendre, je m'y suis laissé tenter. Je n'avais rien à perdre au fond. Que me reste-t-il à perdre, je crains encore de perdre quelque chose ! mais je n'ai plus rien depuis bien longtemps. C'est insensé oui voilà le signe indéniable que je suis insensée !


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