• Normal à lier

    L'indifférence est consubstantielle à la normalité, car si l'on n'est pas indifférent on ne peut pas vivre, il faut bien s'imprégner de cela. Être normal, vivre, c'est être indifférent, c'est l'exact opposé de ce qu'enseignent les Évangiles, c'est l'exact opposé de l'idée que l'on peut se faire de l'humanité.

    La normalité est l'exact opposé de l'humanité !

    Ceux qui croient que les asiles les mettent à l'abri des fols furieux se trompent diablement, il y a même fort à parier qu'ils sont eux-mêmes les fols furieux, car on n'enferme pas les gens nuisibles, on n'enferme que les innocents. Celui qui souffre ne nuit pas à son prochain, il se suffit à lui-même, sa souffrance suffit à l'occuper tout entier. Cette souffrance lui enseigne simplement ce qu'est la souffrance ; sans cela, comment le saurait-il ; cela doit transcender les normaux, la souffrance, et on n'aime pas ce que l'on ne comprend pas. On cherche jusqu'à ignorer son existence, parce qu'on n'accepte pas son ignorance. On ne veut pas savoir qu'il y a des choses qu'on ne sait pas.

    Comment peut-on entendre la souffrance de l'autre si on ne l'a jamais soi-même éprouvée, alors on instaure un totalitarisme et l'autre doit se taire, on ne veut surtout pas entendre ce que l'on nomme son délire parce que c'est l'inconnu.

    Non, je n'aime pas les normaux parce que les normaux c'est la banalité du mal, ce sont les actes les plus immoraux, les plus monstrueux sous le vernis de la plus innocente respectabilité, c'est monstrueux, ce sont des monstres. Le Malin a pris possession d'eux, non, le Malin est en eux depuis l'origine, ils en sont les apôtres, ce ne sont pas les Douze, ce sont les Milliards. C'est à cause d'eux le mal sur la terre.

    Ils ne sont même pas consciemment méchants, non puisqu'ils ne sont pas conscients. C'est pis, ils sont le néant et ils se reproduisent pour perpétuer le néant, satisfaits. Comblés, comblés de néant. Pleins d'eux-mêmes pleins de rien. Pleins d'eux-mêmes, pleins de rien. On a déjà dit, je crois, que pour amalgamés qu'ils fussent des riens ne faisaient pas quelque chose.

    Oui, je connais la haine, parfois je l'ai ; même pas, même plus, je n'ai rien. Il n'y a pas de sentiment plus destructeur que la haine, parce qu'elle est violence et colère. La colère, il n'y a pas de sentiment plus destructeur que la colère, parce qu'elle est violence et haine.

    Mais comment sortir de la colère, comment sortir de la violence ? sinon par l'indifférence qui revient à en être, à se faire à leur image, gentillement assassine, aimablement tueuse, tendrement bourreau.

    Ils élèvent des porcinets et les mutilent à vif avec leurs lames, ce sont les normaux ! et jamais ces derniers ne seront enfermés, jamais car on n'enferme pas les nuisibles. Seuls les gens innocents sont mis hors d'état de nuire, seulement par là ils cherchent à faire des innocents des nuisibles, c'est la finalité de leurs traitements, faire des innocents des nuisibles, car confronté à trop d'iniquité l'innocent devient violent, l'innocent est justement excédé, l'innocent n'a plus qu'à se tuer, on ne lui laisse pas d'autre possibilité.

    Cette planète doit être, cette planète ne peut être que gouvernée par le Malin, à quel point, à quel ineffable point cela est désespérant, je ne saurais le dire. On ne peut se représenter une chose pareille ; non je n'y crois pas, pas un instant, pourtant ce sont les faits, c'est ce qu'ils appellent le réel. Mais je n'y crois pas, parce que c'est incroyable. Il faut pourtant se taire, ils le répètent en boucle qu'il faut se taire. Quand on n'a qu'envie de hurler à s'en déchirer les cordes vocales à en faire trembler le ciel et les étoiles…(C'était la seconde lyrique.)

    « Je ne veux pas des cieux sans échelle / Je ne veux pas que tombe la neige. »

    Et on s'effondre comme un sac d'ordures (cradle of filth!), comme un tas de gélatine. un tas d'os pourris bouillis, un tas de merde. Il est temps que tout cela finisse !

    Le normal n'est pas l'allié, la norme n'est pas l'alliée, le normal est à lier, aliéné, il ne s'en rend pas compte. Le fait qu'il est normal induit qu'il est aliéné. C'est un présupposé, l'aliénation est inhérente à la normalité, puisque être normal c'est être l'exécutant d'un ensemble de normes, de normes édictées par l'extérieur, un extérieur aliénant, coercitif, un pochoir. Être normal c'est, au-delà de l'acceptation de l'aliénation, l'hyménée avec celle-là. Ce n'est pas un choix, c'est l'aliénation inconsciente d'elle-même, mais acceptée, ratifiée, signée et contresignée.



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