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    Peut-on écrire en étant s***, je répondrai non, sans hésiter et, pour en donner la preuve par l'absurde, je lance ce bloc, ou plutôt cette cellule de déjection, aujourd'hui, brumaire pistache du calendrier républicain, et même si je ne voudrais pas commencer par une référence aussi sanglante.

    Jusqu'où ira-t-il (ce bloc), jusqu'où irai-je, je n'en sais rien, peut-être pas au-delà de brumaire pistache, nous verrons, cela fait grand-temps que je ne projette plus, que je ne me projette plus au-delà d'ici et maintenant. Je ne vis pas au jour le jour, tout au plus à la minute la minute. Et une minute passée, eh bien, c'est déjà une minute de passée. Certains de dire, avec regret et dépit, que la vie est courte… peut-être, par l'opportunité de la xénogreffe, pourrions-nous échanger nos cerveaux.

    Cela m'amène au premier point, essentiel, celui de la perception. C'est le mot clé de la s*** : perception. Nous ne percevons pas pareillement. Nous n'agissons pas pareillement, nous ne pensons pas pareillement, nous ne nous comportons pas pareillement, nous ne sous exprimons pas pareillement, parce que nous ne percevons pas pareillement.

    Pareillement à qui, à quoi ? À la norme, c'est-à-dire au plus grand nombre. La norme, ce n'est jamais que cela, l'ensemble des règles tacites qu'impose le plus grand nombre. Ça peut paraître arbitraire. Ça l'est. Ça peut paraître parfaitement révoltant. Ça l'est. Que cela n'engendre pas plus de réactions de révolte est aussi étonnant. Pas tant que ça. Car, dans sa réflexion, le révolté (qui est déjà, par définition, réfléchissant) s'avisera bien vite de la vanité et de la stérilité de tout mouvement de révolte qu'il pourrait esquisser. Il ne pourrait que s'y abîmer encore davantage, il vaut mieux qu'il se préserve pour une vie digne de ce nom.

    C'est un élan pour moi aussi ce jour, un élan qui sera bref assurément, mais tant que j'en ai l'énergie et un mirage de volonté, je surfe sur sa vague — affligeant. Voilà, cela fait dix ans, dix ans que je n'écris plus, que je suis incapable d'aligner des mots, de remplir un formulaire administratif même. Ç'a été dur au début de faire ce deuil, car écrire m'apportait un certain soulagement, répondait en tout cas à une nécessité certaine. Si aujourd'hui j'arrive à retrouver de quelque façon que ce soit ce mode d'allègement, cette forme de délestage, ce canal d'écoulement, alors je pourrai dire, alors je dirai qu'il y a un progrès, qu'après toutes ces années d'intériorisation, de remâchage ininterrompu, de constipation mentale et intellectuelle un coin de voile se soulève timidement. Je n'arrive pas à y croire encore. Pourquoi, comment.

    Je me redis chaque jour que la solution seule à une situation inextricable est le miracle. Et j'ai fait récemment, pas tout à fait, le voyage à Lourdes. Il paraît qu'ils sont envahis de fols là-bas, je n'en ai pas vu, a priori. Mais j'ai été très heureuse de l'apprendre, que les fols convergeaient vers Lourdes.

    Un nonagéraire, grabataire, moribond (le prototype du pèlerin marial) qui se fait charrier jusqu'à Lourdes, cela a-t-il du sens. Un(e) s*** — créature plutôt jeune, souffrante de longue date et vouée à la souffrance — n'est-il(elle) pas plus légitime à Lourdes, en sachant que sa situation est raisonnablement insoluble ? Une créature dont le seul espoir réside dans l'espérance a toute sa place à Lourdes, et dans tous les grands lieux mystiques.

    Philosophe grec poussé par le diable, art brutL'enfer c'est l'absence de Dieu, dit-on. J'ai toujours pensé, senti que Dieu était, bien sûr, mais qu'il n'était pas pour moi, qu'il existait, mais pour autrui. Bref que certaines catégories de personnes, ou moi seulement, étaient exclues de sa pensée, de son amour, de son universelle bienveillance. Ce sont des mots absurdes pour parler de Ça, mais il faut bien user de mots, se compromettre avec eux, aussi limitants soient-il. Tous les mots sont absurdes, et toute parole sur Dieu. Ils ne disent rien de la pensée, et moins encore de ses motivations. Ce qu'on voudrait dire débordera toujours infiniment le cadre étroit du verbe, mais j'aime les mots pour leur dimension esthétique. Et, sans plus de façons, j'écrirai pour le seul plaisir de manipuler des mots, postulant que je n'exprimerai rien de ce que je souhaiterais exprimer, définitivement trop d'ineffable dans la psyché. Mais suffisamment gâtée-gâteuse pour surmonter l'absurde paralysant et m'abîmer définitivement dans les concessions dégradantes. Un ton importe  plus que des mots, et l'intention en filigrane peut trouver un écho indulgent dans d'autres consciences en état de mort clinique.

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