• Régressons

    Régresser c'est redevenir un tout petit enfant ; ça semble un progrès seulement dans la mesure où nous sommes irrémédiablement amnésiques. Je ne sache pas que la période juvénile soit si enviable, j'ai assez de mémoire du moins pour l'affirmer et ce n'est que déformation mnésique  — ou inconscience — que de prétendre le contraire. Il n'y a pas de période heureuse, ou elles le sont toutes pour celui qui les appréhende, de toute façon, ainsi. Autant dire qu'icelui se contrefout de tout, que rien ne saurait entamer son « capital vital », que rien ne saurait l'altérer ; on l'a vu, ça ne dépend pas des événements, accidentels.

    Ces derniers n'affectent nullement la majorité, autrement nous serions tous  sur-le-champ furieusement trichotillomanes. Non, peu nous chaut ce qui advient à l'autre, notre capacité d'identification est proportionnée à notre identité. C'est entendu, tout événement fâcheux nous réjouirait plutôt, quoi de plus naturellement humain. Pour vivre il ne faut pas se laisser affecter par quoi que ce soit, c'est ainsi que les gens vivent. En écrasant une petite larme de temps en temps. Il ne s'agirait pas de laisser croire qu'on est insensible. Une petite larme fera l'affaire.

    RécréationC'est peut-être pour s'épargner des reflux intestinaux qu'il est opportun de régresser. On ne s'offusque de rien, ou de tout, quand on est gosse, aussi n'y a-t-il pas d'indignation qui dépasse l'entendement, puisque la pose des bases de l'entendement est à la discrétion des formateurs humains. C'est ainsi qu'il n'y aura jamais de progrès, que la société ne peut aller vers le progrès — mais c'en est heureusement bientôt la fin, de la société —, parce que des schémes erronés ne peuvent qu'engendrer des schèmes erronés, transmis ainsi de génération en génération, pour les siècles des siècles. Amen.

    Régresser c'est redevenir, en conscience, un petit enfant.

    Quand on aime on redevient un petit enfant, l'amour est donc régression, il faut donc que nous régressions pour vivrensemble. Mais c'est utopie, nous ne pouvons v i v r e  e n s e m b l e et nous ne pouvons nous aimer. Nous pouvons apprendre à nous tolérer, tout au plus. On n'autorise la régression qu'à ceux qu'on aime et on ne s'autorise la régression qu'avec ceux qui nous aiment. Mais c'est un verbe insensé. Mais c'est notre nature. Et je me répète. Et c'est ma nature. Mais la nature, qu'est-ce que c'est sinon tout le mal en nous. Et la culture c'est pis, une couche de civilités par-dessus. Y a pas d'issue !

     


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